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Language of Moitif,How to clean Carpets and contact-us.

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Date: 08/06/2007 Views: 6

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Mehmet, marchand de tapis

Reportage dans Le Nouvelliste, Lundi 13 août 2001
De retour de Turquie, Par Flore Dussey

Depuis vingt ans, Mehmet Dilari achète et revend des tapis de collection.
Un travail qu'il aime avant tout pour la richesse des rencontres.

Dans un français parfait, Bülent s'acharne depuis une demi-heure sur deux touristes. Par terre, une dizaine de tapis étalés. Tous aussi beaux les uns que les autres. Les touristes, un thé à la main, sont assis sur une petite banquette. Bülent, debout, explique: «Vous n'allez trouver nulle part ailleurs un kilim de cette qualité-là. Vous avez une occasion unique de repartir avec cette pièce de grande valeur. Puisque vous êtes sympathiques et que la saison n'a pas encore vraiment commencé, je vous fais un bon prix». Sous les yeux amusés de Mehmet Dilari, Bülent conclut l'affaire. Les Parisiens repartent avec un kilim.de production récente sous le bras et des dollars en moins dans le porte-monnaie.

En 1999, Mehmet, 40 ans, ouvre «le Divan», un magasin de tapis situé à l'entrée de Göreme, un village de Cappadoce. Chaque été, des milliers de visiteurs débarquent pour admirer les miracles géologiques du lieu: cheminées de fées, églises rupestres et villes souterraines. Le magasin qui emploie quatre personnes tire un large profit du développement touristique de la région. Cela fait vingt ans que Mehmet Dilari est dans le métier. A ses débuts, il avait la même fougue que Bülent, mais aujourd'hui, la vente l'ennuie. Sa véritable passion, ce sont les tapis anciens.

Un tapis, une histoire

D'abord propriétaire de pension puis éleveur de chevaux, c'est sur les conseils d'un ami que Mehmet se lance dans le commerce de tapis de collection. Un commerce relativement lucratif, puisque deux ou trois ventes par année lui assurent un revenu suffisant pour payer ses employés et faire vivre sa famille. Mais ce n'est pas l'argent qui l'intéresse. Ce qu'il aime, c'est connaître l'histoire de chaque tapis qu'il acquiert. «Car les tapis ont une âme» dit-il en dépliant quelques pièces de collection. Chacune d'entre elles est arrivée dans son magasin après de magnifiques rencontres; ces tapis-là se racontent avant de se vendre.

Mehmet connaît presque tout le monde en Cappadoce à force de parcourir les petits villages à la recherche de pièces antiques. Un jour, l'un de ses amis, collectionneur de vieilles poteries, lui parle d'une famille susceptible de posséder un tapis ancien. Aussitôt, Mehmet se rend dans un hameau situé à l'est de Konya, à quarante-cinq kilomètres de Göreme. Il frappe à la porte de la maison indiquée par son ami. Une femme d'une cinquantaine d'années lui ouvre et l'invite aussitôt à partager le thé; une coutume lorsqu'un «étranger» visite le village. Assis en tailleur dans l'unique pièce de la maison, Mehmet constate qu'il y a plusieurs épaisseurs sous le tapis apparent. Il s'incline légèrement, soulève celui-ci et voit le coin d'un ancien kilim en pure laine et teinture végétale. «Il était placé en dessous d'un tapis sans valeur» raconte Mehmet. «Ils l'avaient déniché au fond d'une malle et l'avaient trouvé trop troué pour être décoratif». La paysanne lui explique alors qu'ils ne s'en sont jamais débarrassé car c'est un héritage familial et, en hiver, il conserve très bien la chaleur là où il est. Son mari ajoute qu'ils l'échangeraient bien contre un neuf. Mehmet n'en croit pas ses oreilles.

Une longue transaction

Après plusieurs visites, Mehmet explique à ses hôtes que ce tapis l'intéresse et qu'il aimerait le leur acheter. Ils s'étonnent, ne comprennent pas. La paysanne veut le lui offrir pour sa gentillesse et son attention. Lui refuse et leur explique que le tapis a une très grande valeur et qu'il pourrait le revendre à prix d'or sur les marchés internationaux. Finalement, il repart avec le kilim et leur laisse 6500 dollars, une somme qui correspond pour eux à entre cinq et sept années de salaire. Après expertise, Mehmet apprend que le kilim (152 X 266 cm) date du XVIIIe siècle. Quelques temps plus tard, il le cédera à un intermédiaire d'Istanbul pour 60 000 dollars, qui le revendra deux fois plus cher.

«Dans les villages, les gem n'ont aucune conscience de la valeur des vieux kilims», précise Mehmet. «Beaucoup les oui hérités de leurs grands-parent'.s et n'osent pas les vendre à des étrangers. En Turquie, il faut gagner le cœur des gens avant de leur faire une proposition d'achat». Mehmet n'a jamais:-dérogé à la règle. Il aime trop les gens pour ça. A chaque vi site, il passe des heures ; écouter les femmes parler des motifs de leur kilim. Il leur pose mille et une questions, s'intéresse à chaque détail. Et sou vent, il doit insister pour leur laisser de l'argent.

L'art de la vente

Le soleil vient d'embraser le ciel de Cappadoce. Ce soir-là, Mehmet se rend dans l'atelier de Crazy Ali, un brocanteur qui lui sert d'intermédiaire pour l'achat de tapis anciens. Les deux hommes se concertent autour d'un thé servi à la turque. Ali descend au sous-sol de son magasin, allume la lumière d'une pièce sans fenêtre, fouille dans une pile et sort, parmi de nombreux tapis, un kilim d'une centaine d'années. Ali en demande 1500 dollars, mais Mehmet sait qu'il ne l'a pas acheté plus de 300 dollars. Mehmet tourne la pièce trouée dans tous les sens, relève ses défauts. Repart sans discuter le prix. Pourtant le tapis l'intéresse. Il reviendra dans quelques jours en espérant que Crazy Ali baissera ses prix. Mehmet a déjà en tête le nom de l'un de ses quinze clients réguliers, à qui il pourrait le revendre une dizaine de milliers de dollars.

Mehmet considère ces collectionneurs comme des amis. Il les a tous rencontrés lors de foires européennes ou sur le net. Si certains passent commande sans voir la marchandise, d'autres se déplacent jusqu'en Cappadoce pour voir une pièce. Mehmet adore ces moments-là. Il leur donne une multitude de précisions sur le tapis mis en vente. Les collectionneurs raffolent de chaque détail, de chaque anecdote. A l'arrière du magasin, Bülent, le jeune vendeur volubile et plutôt convaincant, écoute d'une oreille attentive son patron raconter avec passion l'histoire du kilim. Une fibre que Bülent n'a pas encore développée. Mehmet lui répète souvent que l'apprentissage est long pour devenir un marchand de rêve.

Date: 09/25/2007
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Mehmet, marchand de tapis
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